Quand la simplicité dépasse la performance
Ou comment dans un monde incertain revenir à l'essentiel permet aux entreprises de retourner la table de jeu ?
Si vous ne le faites pas déjà, en plus de lire Adaptable(s), vous pouvez :
organiser une MADRE (rien à voir avec les mamans), c’est à dire utiliser notre Méthode d’Aide à la Décision pour la Résilience d’Entreprise. Cela vous permet d’identifier les vulnérabilités de votre entreprise et d’en ressortir avec un plan d’action clair pour améliorer votre résilience, le tout peut être pris en charge par les OPCO, RDV ici pour en discuter.
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Fini la promo, place à la lettre de la semaine.
Quelques jours après la guerre lancée contre l’Iran, l’armée américaine s’est trouvée démunie face aux attaques de drones Shahed. Conçus et fabriqués par le régime iranien, ces engins ne coûtent que 40 000 $ à fabriquer dans un pays pourtant sous embargo international depuis de nombreuses années. Un coût mineur par rapport aux coûts des missiles américains, estimés à plusieurs millions chaque pièce.
Mais ce n’est pas terminé.
Le Pentagone s’est permis de contacter le pouvoir ukrainien pour lui fournir sa solution pour faire face aux mêmes drones iraniens. Après avoir été approvisionné par l’Iran pendant la 1ère année de conflit, les Russes ont amélioré et fabriqué leurs propres Shahed, dont les effets dévastateurs ont obligé les Ukrainiens à développer leurs propres solutions pour les contrer.
Le puissant qui demande de l’aide au plus faible
Un collectif de volontaires est devenu l’entreprise Wild Hornets. Depuis le printemps 2023, ils ont conçu, entre autre, le drone Sting, capable d’abattre les drones Shahed bien avant de toucher le sol avec une portée de 25 km, une vitesse pouvant aller jusqu’à 280km/h et un taux de réussite supérieur à 90%. Ce drone composé de pièces plutôt standards et de modules imprimés en 3D coûte… moins de 2 500 euros à produire.
Mais comment l’armée la plus puissante au monde peut se retrouver contrainte de contacter un pays aux moyens limités, détruit et épuisé par 4 ans de guerre ?
Dans cette édition, on va voir pourquoi la course à la performance ultime s’avère contre-productive, qui plus est dans un monde de plus en plus incertain. Pourquoi ce récit rabâché depuis des décennies tombe-t-il aussi subitement ?
L’abondance de moyens, le nouveau point faible ?
Encore aujourd’hui, nos sociétés sont principalement guidées par le culte de la performance, comme le rappelle souvent Olivier Hamant. On met en avant les milliardaires, les plus grosses voitures, le plus de mégapixels sur les photos de son smartphone ou encore le plus de like sur son post… Cet attrait constant pour la puissance nous incite à toujours renouveler et agrandir dans la même direction et à en demander toujours plus…
Mais à quoi bon ?
Comme l’armée américaine nous le rappelle, l’abondance de puissance et de moyens ne leur permet pas encore d’anéantir le régime iranien et ses moyens limités.
Continuons sur un autre exemple plus heureux. Je vais encore m’adresser à celles et ceux qui ont connu les 90ies. Étiez-vous plus Game Boy (oui Nintendo n’était pas aussi inclusif que maintenant) ou Game Gear ?
Je ne crois pas me tromper en pensant que la plupart d’entre vous faisaient plus partie de la #teamNintendo que de la #teamSega. Pourtant la console de Sega avait un écran couleur, un son de meilleure qualité et des jeux tout aussi légendaires que l’autre console.
La simplicité > la performance absolue
La Game Boy n’avait que 4 nuances de gris sur un écran de 2,6 pouces, 8Ko de RAM, des sons très limités mais pourtant c’est bien celle-ci qui s’est vendu 12 fois plus que la Game Gear. Comment expliquer un tel décalage alors que ce n’était clairement pas la plus performante des deux ?
Prioriser l’accessibilité prix…
Plutôt que de partir sur les composants les plus performants, Gunpei Yokoi, l’inventeur génial de Nintendo s’est concentré uniquement sur ce qui était largement disponible, fiable et fonctionnel. Cela permet de concevoir des produits fiables et de considérablement baisser les coûts de production.
Ces coûts bien réduits permettaient aussi de proposer un prix très accessible, moitié moins chère que la console à l’écran en couleurs. De quoi s’adresser à un public bien plus nombreux.
…et la facilité d’approvisionnement
Nintendo a gardé ses principes pour le développement de toutes ses consoles suivantes, c’est ainsi que la Switch ne s’est jamais retrouvée en rupture de stock pendant le COVID comparé aux Playstation par exemple… La production pouvait continuer car les composants étaient largement accessibles, faciles à produire et les fabricants ne jouaient pas sur la rareté pour augmenter les prix.
En 2026, ces mêmes principes permettent aussi de puiser dans les gisements issus du réemploi comme Modixia ou Citronics le font déjà par exemple. Et donc d’éviter des ruptures d’approvisionnements préjudiciables…
Privilégier l’expérience utilisateur claire et simple
Là aussi, Yokoi s’est avéré intraitable. L’idée de la Game Boy était de permettre de jouer, pas d’impressionner ses voisins. La console n’avait pas de couleur mais permettait de jouer n’importe où. L’avantage de prendre des composants basiques permettait aussi d’avoir une autonomie d’énergie plus grande. La Game Boy avec 4 piles pouvait tenir plus de 10h quand les propriétaires de Game Gear étaient souvent branchés le long du mur car leurs 6 piles ne tenaient que quelques heures (mais oui toi-même tu sais).
C’est un principe de design trop souvent oublié, ajouter des options complexifie rapidement un produit ou un service quand l’essentiel se trouve ailleurs.
Pour retrouver le besoin essentiel, il faut régulièrement se poser et se reposer la question simple mais puissante “À quoi ça sert ?” pour en revenir à la fonction ultime.
Décentraliser la production plus facilement
Le cas ukrainien illustre mieux ce point. Complètement décentralisée, la production des drones ukrainiens reposent sur 50 sites différents et même un, depuis peu, au Royaume-Uni. Pour des raisons évidentes, la fabrication ne peut pas être centralisée mais surtout cette diversité et cette modularité imposent une conception simple réalisable par des personnes formées rapidement ou capables de suivre un plan pour le montage, vous pouvez même contribuer à la fabrication.
Ces 3 principes, très bien déployés par les Ukrainiens, leur permettent même désormais de fabriquer des drones sans aucun composants chinois. De quoi faire halluciner quelques industriels européens…
Nous avons longtemps cru que la performance se mesurait en puissance brute ou en chiffres impressionnants. Mais ces dernières années nous enseignent une leçon radicale : la véritable performance, c’est la capacité à continuer quand tout s’écroule. Et le blocage d’Ormuz n’a pas fini d’être un bon révélateur…
Changer notre façon de concevoir
Le Pentagone, avec ses budgets pharaoniques, doit quémander des solutions à une Ukraine humiliée à la Maison Blanche quelques mois plus tôt. Nintendo, avec des composants dépassés, a marqué une génération. Les drones ukrainiens, bricolés avec des pièces 3D et de l’électronique grand public, abattent des systèmes militaires à plusieurs millions de dollars chaque jour.
Ce ne sont pas des anomalies. C’est un nouveau signal.
Dans un monde d’incertitude croissante, les gagnants ne seront pas ceux qui auront investi le plus, mais ceux qui auront construit le plus intelligemment. Ceux qui auront compris que la simplicité est un avantage compétitif, que la décentralisation est une force, que l’accessibilité des ressources vaut mieux que la rareté.
La question n’est donc plus Comment faire plus grand, plus puissant ou plus cher ?
Elle est devenue Comment faire mieux avec moins ? Comment rester debout quand les concurrents tombent ?
Pour améliorer votre adaptabilité
S’éloigner des dépendances critiques. Commencez par identifier où vous êtes vulnérable. Quels fournisseurs sont uniques ? Quels composants ou technologies sont rares ou chères ? Comme Nintendo l’a fait en privilégiant les composants largement disponibles, cherchez des alternatives accessibles et diversifiées. La redondance n’est pas une faiblesse — c’est votre filet de sécurité.
Simplifier le produit ou votre expérience. La complexité peut séduire mais surtout paralyser. Posez-vous régulièrement la question magique “À quoi ça sert ?”. Éliminez les fonctionnalités superflues qui alourdissent le système sans créer de valeur réelle. Les drones ukrainiens fonctionnent parce qu’ils sont pensés pour être produits rapidement et à différents endroits. Votre modèle peut l’être aussi surtout si les prix de l’énergie augmentent.
Construire une production modulaire et décentralisée Si toute votre fabrication dépend d’un seul site ou d’une seule équipe, vous êtes fragile. Il faut être en mesure de structurer les processus pour qu’ils puissent être répliqués ailleurs, par d’autres. Documenter, standardiser, former. La vraie force réside dans la capacité à continuer même quand une partie du système est compromise.
Investissez dans la formation, pas seulement l’expertise Un expert irremplaçable peut aussi représenter une fragilité. Des processus simples qu’une personne formée en quelques semaines peut maîtriser feront toute la différence. C’est un investissement dans votre résilience.
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