Quand tu comprends que personne n'est prêt
Les trois canicules rapprochées de ces dernières semaines ont agi comme un révélateur implacable... mais comment ne pas passer à côté de ces leviers de transformation ?
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Fini la promo, place à la suite.
Pendant la fête de l’école à la mi-juin, il faisait encore très chaud en fin d’après-midi. Au loin, j’aperçois des parents appliquer des rideaux blancs qu’ils ont acheté eux-mêmes sur les grandes fenêtres de classes orientées plein ouest. Quelques enseignant.e.s se retrouvent même à amener leur propre ventilateur en classe pendant la semaine. L’idée est d’y rendre plus “supportables” les conditions.
Une nouvelle alerte rouge canicule est annoncée pour la semaine à venir. L’école sera fermée les après-midis de lundi et mardi (puis finalement jusqu’au vendredi). Il n’y a pas d’autres options, certaines classes peuvent monter jusqu’à 36°C.
Les exemples comme ceux-là sont nombreux que ce soit dans les hôpitaux, les chantiers ou encore les EPAHD. Chacun a fait preuve de bricolage pour tenter de s’en sortir comme il pouvait.
Au moment où je vous écris, quelques semaines après, on apprend encore un peu chaque jour les conséquences associées à ces jours caniculaires.
On m’a raconté encore jeudi soir que les équarrisseurs de Loire-Atlantique étaient submergés, des fermes d’élevages de poulets sont montées à 70°C en ne laissant évidemment aucune chance aux milliers d’animaux présents. Les arbres commencent à perdre leurs feuilles en plein mois de juillet. Des dizaines de jeunes sont morts par noyades ou hydrocutions après avoir sauté dans un plan d’eau pour se rafraichir…
Sortir du bricolage individuel…
Partout en France, chacun/chacune a fait comme il a pu : appliqué des couvertures de survie sur sa fenêtre, dormir dans un parc ou encore acheter un ventilateur… mais peut-on vraiment penser que cela puisse être des solutions durables ?
Même répliquées partout, ce système d ne réduit pas nos vulnérabilités. Des rideaux achetés par des parents ne peuvent couvrir des bâtiments inadaptés ou des cours trop minérales. Un ventilateur perso, c’est une collectivité qui n’a pas intégré le risque climatique pour les plus jeunes. Des fermetures d’écoles, c’est reporter la charge sur les familles et leurs travail.
Chaque bricolage cache un défaut structurel non traité en amont.
et de l’ère des solutions miracles
Quelques politiques proposent aussi des solutions radicales en étant persuadés de résoudre pour de bon le problème. En l’occurrence, ici, la climatisation. Des annonces de plan à plusieurs dizaines de milliards d’euros sans réfléchir une seule seconde à
où ces équipements seraient fabriqués ? Principalement en Chine donc encore de quoi aggraver la balance commerciale du pays.
avec quelle énergie fonctionneraient-ils ? Du nucléaire ? Probablement mais au détriment de quoi ? Et les jours de canicule, les réacteurs sont déjà ralentis ou mis à l’arrêt car il devient trop difficile de les refroidir.
quels effets à cause des flux de chaleur renvoyés ? On le sait, les villes, déjà trop bétonnées, sont déjà trop chaudes à vivres mais les rejets des climatiseurs ne font qu’empirer la situation…
comment ce plan serait financé ? 125 milliards d’euros doivent être économisés d’ici la fin de prochain quinquennat.
Et j’en passe…
Voir loin et agir en profondeur
Deux faits m’ont marqué ces derniers jours :
Eurostar a modifié sa commande de 50 trains, passée l’année dernière, pour s’assurer qu’ils résisteraient finalement à des températures de 55°C.
Le Haut Commissariat au Plan a invité les entreprises à être prêtes dès l’été 2027 pour être capables d’affronter de nouvelles canicules. Les mesures clés sont l’adaptation des horaires de travail, mutualiser les espaces de baignade ou encore créer des refuges thermiques. “Toutes ces mesures sont concrètes — on ne parle pas de grands investissements sur cinq ou dix ans — relativement peu coûteuses et relativement rapides à mettre en œuvre.” nous dit l’auteur. Merci pour les suggestions mais quand va-t-on sortir du bricolage et agir en profondeur ?
Le vrai basculement n’est pas budgétaire, il est cognitif
Eurostar n’a pas ajouté un climatiseur plus puissant à un train existant : ils ont réécrit, cinq ans avant la livraison, la spécification qui définit ce que “un train qui fonctionne pour les 30 prochaines années” veut dire.
Le Haut Commissariat, lui, propose encore d’aménager des horaires et de mutualiser des baignades, sympa, mais toujours à l’intérieur du même cadre : celui où chacun s’adapte seul avec les moyens du bord, face à un climat encore traité comme une perturbation ponctuelle plutôt qu’un changement profond de vos vies.
La vraie question n’est pas “comment tenir un jour de plus à 40°C” mais “quelles hypothèses avons-nous prises pour construire ce système, et combien d’entre elles ne tiennent plus ?”.
Une classe plein ouest sans store ou sans arbres pour casser les rayons du soleil, un poulailler pensé pour un climat qui n’existe plus, une entreprise avec un seul site de production : ce ne sont pas des malchances, ce sont des choix d’architecture faits à une époque où ces températures n’existaient pas.
Le bricolage traite le symptôme au moment où il apparaît. Voir loin, c’est remonter à la décision d’architecture qui l’a rendu inévitable et la refaire, avant la prochaine alerte plutôt que pendant.
Et ça vaut aussi collectivement : aucune entreprise, aucune école, aucun hôpital ne peut devenir résilient tout seul si son écosystème (fournisseurs, énergie, voisins, collectivité…) reste construit sur les mêmes hypothèses dépassées. C’est exactement ce que cherche une cartographie des vulnérabilités bien menée : non pas le point à renforcer, mais les dépendances qui, ensemble, décident si le système tient ou casse.
Pour améliorer votre adaptabilité
Lister les bricolages mis en place dans une organisation ces dernières semaines, chacun pointe vers un problème plus profond à revoir.
Pour chacun, remonter à la décision d’origine (implantation, horaires, dépendance à un seul site ou fournisseur) plutôt que de rester seulement sur sa conséquence visible.
Fixer une échelle de décision plus longue que l’échéance 2027, Eurostar pense 2060, vous pouvez au moins penser pour 5 à 10 ans
Cartographier vos dépendances critiques (énergie, fournisseur unique, site unique) avant qu’une canicule ne vous les révèle brutalement
Associer celles et ceux qui vous entourent (équipes, fournisseurs, clients…) au diagnostic, pas seulement à l’exécution des mesures d’urgence.



