Quand tu composes avec le dérèglement climatique depuis des années...
Ou comment les agriculteurs/agricultrices nous montrent à la fois les impacts d'un climat instable sur leurs activités mais aussi les leviers pour se rendre adaptables.
Imaginez, vous êtes arboriculteur. Vous avez de nombreux vergers de pommes. Vous avez patiemment attendu les 4/5 premières années suite à la plantation des arbres pendant lesquelles vous devez attendre les premiers fruits, puis cette année. Vous avez réussi à ne pas subir des espèces invasives. Les gelées tardives n’ont pas été si fortes, l’été n’a pas connu de trop forte sécheresse, ni de canicules trop violentes, vos pommes se présentent dans les meilleures conditions en qualité et en quantités.
Mais septembre connait une chaleur jamais vue auparavant dans votre région, avec de nombreuses nuits consécutives à plus de 20°C. Votre récolte est prévue dans quelques jours, ça devrait aller. Jusqu’au jour où, vous découvrez que les pommiers se remettent en fleurs alors qu’ils ont toujours leurs pommes sur leurs branches.
Résultat : les pommes deviennent immangeables. Vous venez de perdre 450 tonnes de fruits. Vos pommiers sont complètement déboussolés. C’est précisément ce qui est arrivé aux Coteaux Nantais en septembre 2023. Une entreprise dirigée pendant plus de 25 ans par Benoit Van Ossel que j’ai eu la chance d’interviewer pour Radio Circulab.
Appréhender la complexité du vivant
Avant de travailler avec le vivant, je pense qu’on ne peut pas imaginer la complexité qui s’impose pour un ou une maraîchère par exemple. Je ne suis pas agriculteur évidemment mais j’avais cofondé Agripolis en 2016, une startup dédiée à l’agriculture urbaine, arrêtée en 2023. J’avais touché du doigt les multiples galères possibles entre les averses de grêle pile sur ton exploitation, les invasifs, le manque d’ensoleillement, les interactions avec les alentours, les vagues de chaleur, les pannes de matériel et j’en passe.
Je suis profondément admiratif de tous ceux et celles qui nous nourrissent. En tant qu’entrepreneur, ils ont toutes les galères qu’un entrepreneur rencontre, plus toutes celles liées au vivant où ils sont en première ligne. Ils doivent gérer les imprévus du quotidien mais aussi anticiper le climat des années à venir et imaginer toutes les conséquences inattendues des répercussions sur leurs exploitations.
C’est quand il fait beau que l’on construit son toit
Il est admis qu’on ne pourra jamais tout anticiper dans un monde aussi fluctuant. Néanmoins, Benoit est un exemple très inspirant des leviers que vous pouvez activer dans votre entreprise pour faire au mieux. Il a suivi la maxime que l’on a trop tendance à oublier : “C’est quand il fait beau que l’on construit son toit”.
C’est dans cet esprit que Benoit et son équipe ont creusé un étang il y a une petite dizaine d’années de façon à être le plus autonome possible en eau. Cet étang est non seulement devenu une réserve de biodiversité intéressante mais cela a aussi permis de préserver les arbres du manque d’eau.
L’autonomie se construit avant qu’on en ait besoin
Depuis plusieurs décennies, l’exploitation a cultivé aussi la diversité des choix de variétés. Cela lui a permis de lisser ces pertes, d’avoir une meilleure qualité gustative. Mais là aussi, ce choix comporte des inconvénients à court terme : des décalages de récoltes par exemple entre les variétés ou bien des débouchés différents, à savoir des pommes à couteaux, des pommes à compotes ou encore des boissons à bases de pommes, de circuits de distributions différents, et de même pour les investissements…
En effet, dans la plupart des activités, les choses se conçoivent et se mettent en place sur le temps long. C’est quasi-impossible de surfer une vague si l’on n’a pas appris avant. Il en est de même pour mettre en place une diversification de son business model.
Quand on fabrique des produits, pourquoi ne pas investir dans une unité de reconditionnement/réparation ? Un peu comme Veja anticipe une éventuelle rupture de transports en créant une activité de cordonnerie. Quand on n’a qu’un seul fournisseur sur un flux essentiel, pourquoi ne pas chercher à diversifier en privilégiant un acteur plus proche ?
Prenons maintenant le temps de diversifier ce qui doit l’être, Benoit nous montre que cela permet de surfer les vagues bien plus facilement quand elles arrivent.
Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez :
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"C’est quand il fait beau que l’on construit son toit" je peux te la piquer celle-ci ? Elle est excellente !